Chronologie:
1969 – Les puits errants
1970 – Aya bombé drama
1971 – Coumbite
1972 – Mémoires d’un balai
1973 – La parole des grands fonds
1973 – Spectacle avec le groupe Les Batuki
1975 – Quel mort tua l’empereur ?
1977 – Les chants de Mélanie
1978 – Telcide et Duréna
LES PUITS ERRANTS
1969
Présentée en 1969 au Brooklyn Academy of Music pour le lancement du disque « Pierrot le noir », avec une mise en scène d’Hervé Denis, « Les Puits Errants » est une œuvre poétique collective de poètes haïtiens exilés à Montréal : Anthony Phelps, Jean-Richard Laforest et Émile Ollivier. Spectacle conçu comme un montage inspiré de leurs poèmes et d’extraits de pièces de Kateb Yacine et d’Aimé Césaire.
Ce spectacle, produit en 1970 à New York à Columbia University et à Brandeis High School, présente une vision nouvelle pour un théâtre prenant son inspiration dans la culture populaire ; un théâtre qui dénonce l’oppression du système et qui se veut être « total », intégrant danse, musique, chansons et toutes les facettes du folklore haïtien. Cette expression théâtrale cherche en même temps à stimuler une réflexion sur les contradictions de la société haïtienne.
La première partie du spectacle est un montage de textes de Frantz Fanon, Kateb Yacine, Berthold Brecht et d’Aimé Césaire, mis en scène avec des reproductions de masques africains.
La deuxième partie est montée autour d’un poème dramatique en créole de Georges Castera, « Tambou ti bout la bout », au son de battements de tambours – une réaction du peuple contre l’oppression, du point de vue d’un exilé imaginant une invasion libératrice de l’étranger.
Mise en scène de Hervé Denis.
La coumbite est une forme de travail collectif dans la paysannerie haïtienne, soutenu par des chants improvisés.
Coumbite est présenté en 1971 à New York University et mis en scène par Hervé Denis assisté par Jacky Charlier. Ce spectacle est un montage de chants et piécettes satiriques dénonçant la dictature en Haïti :
- Chansons populaires contre l’oppression
- Un raconteur essaie de trouver les mots pour accueillir le public. Il est interrompu par l’arrivée de l’Oncle Sam et de son chien, le Tonton Macoute.
- Le raconteur continue ses commentaires. Il est encore interrompu par une procession religieuse. Sa voix noie les lamentations des fidèles. Le raconteur et les fidèles se joignent dans un chant contre l’oppression : « Chwal la galonin. »
- Piécette humoristique sur la vie des Haïtiens vivant à l’étranger.
- Télégramme de la Western Union : Duvalier est mort ; les Marines Américains apportent leur appui à son fils au pouvoir. Tout le monde éclate de rire, amèrement.
- La situation de crise en Haïti racontée sur la carcasse d’une barque délabrée : « Chez nous, chaque nuit la lune va s’abreuver de sang au Fort-Dimanche. »
- Souvenirs des rues de Port-au-Prince : Ri Lantèman, Ri Kapwa, Lali, Ri Pave, Gran Ri…
- « Le Saint Esprit » : à l’intérieur d’une église un jeune homme est tué par un prêtre Tonton Macoute.
- « Nos voix s’élèvent » : chant de commémoration de tous ceux qui sont morts dans la lutte de libération de l’homme.
- « Nous n’oublierons jamais » : Chant à la mémoire de tous les révolutionnaires de l’Amérique latine.
Pièce écrite par Syto Cavé et mise en scène par Hervé Denis, « Mémoires d’un Balai » est présentée en 1972 à Columbia University et au Festival des nations à la Sorbonne (Paris, France) en 1973, au festival culturel de Fort-de-France, en Martinique et à la Guadeloupe. Le thème central de cette pièce est le carnaval, « vécu non point comme une célébration mais comme une démangeaison, barrière, interrogation. Que cachent les masques, sinon les masques ?
Un roi, une reine, des sujets : un royaume ambulant qui s’affirme, s’épuise, rêve… un rêve traversé par l’odeur des poubelles. »
Il y a aussi cette crasse qui résiste malgré les coups de balai… Port-au-Prince : un lieu bruissant d’interférences… La pièce entière est imprégnée d’une atmosphère surréelle.
La scène : une ruelle dans un quartier pauvre de Port-au-Prince, où un groupe de résidents chômeurs se rencontrent tous les jours pour discuter de leur situation. Le balayeur observe et fait des commentaires sur la conversation. Il est interrompu par Vierge qui lui raconte l’histoire d’une étoile malchanceuse. Le groupe continue son débat jusqu’à l’arrivée d’un Tonton Macoute qui leur ordonne de participer au carnaval qui se déroule non loin de là. Il choisit un roi et distribue des vêtements à porter. Le balayeur continue ses commentaires et Vierge commence à lui raconter l’histoire d’un papillon qui se brûle à la flamme d’une lampe.
Le carnaval se met en train : musique, danse. Le Roi s’adresse au public et à ses sujets et leur parle du carnaval comme échappatoire à leurs frustrations, tout en surveillant le Tonton Macoute qui les observe.
Le balayeur parait de plus en plus désemparé avec son balai en face du Tonton Macoute, et essaie de redire à sa façon l’histoire du royaume.
Le Roi ordonne la fin du carnaval : « Ôtons nos masques ! »
Un marchand de pâtés s’amène et le Tonton Macoute offre à manger à tout le monde. Mais quand le marchand de pâtés réclame d’être payé, il tire son revolver et la foule s’enfuit, sauf la Reine, prise en otage par le Macoute.
Pendant que la Reine est forcée de subir les avances du Macoute, le Roi passe sur ses sujets la colère qu’il est incapable d’exercer sur le Macoute.
A ce point le balayeur manifeste une grande agitation ; il voit son monde fantasmagorique (sa relation imaginaire avec Vierge) s’effondrer devant la réalité ; deux des femmes du groupe l’attaquent à coups de pieds et piétinent les fleurs qu’il leur a offertes.
Pièce en sept actes de Syto Cavé présentée en 1973 au premier festival culturel de Fort de France, et mise en scène par Jacky Charlier, s’inspirant de la dynamique entre ville et campagne.
- Ouverture : Une femme salue le public en faisant des gestes exagérés et en lançant des baisers au public de façon grotesque. En scène, un groupe de quatre femmes coquettement vêtues et portant capelines et éventails ; deux messieurs cravatés en costume de ville ; un vieil homme en habit de soirée défraichi, et un jeune homme en tenue de loisirs.
- Un paysan arrive et s’annonce tout en commentant à voix haute tout ce qu’il observe dans la ville. Le groupe se met à rire en dessous et à ricaner au sujet de son apparence et de ses gestes. La conversation prend rapidement des nuances sexuelles et le dandy devient agité et bouleversé par les insinuations de la compagnie.
- Dialogue ente une jeune fille et un vieil homme qui décrit de façon animées les différents véhicules qui traversent le village. Un chœur accompagne le dialogue avec un rythme soutenu.
- Un financier fait un discours sur le capital pour le défendre, et en termes comiques soutient qu’il se veut être ami du peuple.
- Un juge fait un long discours pour demander qu’on bâtisse plus de prisons, en se référant à l’odieux Fort-Dimanche.
- Un groupe de femmes portant des lunettes noires lit une série de communiqués – singeant le gouvernement.
- Une veillée à la campagne, officiée par un Pè Savan avec un chœur chantant les qualités de la défunte.
Ecrite par Syto Cavé et mise en scène par Jacky Charlier, Quel Mort Tua l’Empereur ? fut présentée en 1975 au deuxième festival culturel de Fort de France et à New York dans les salles de Columbia University, et aussi à Brooklyn et à Queens.
L’assassinat de Jean-Jacques Dessalines, Empereur, l’un des héros de l’Indépendance d’Haïti, demeure jusqu’aujourd’hui une part vivace de la psyché et du folklore haïtien. Il a été consacré loa vodou, et a été le sujet de nombreuses chansons et légendes.
Les caractères centraux de cette pièce sont l’Empereur et Défilée, la folle en haillons qui réunit ses restes et les enterra.
*C’est un créolisme qui veut dire « Quel mort a t’on envoyé sur l’empereur ? » Donc dans le sens haïtien du mot, ce n’est pas ‘la mort’ mais ‘un mort’ – un mauvais esprit.
LES CHANTS DE MÉLANIE
1977
(synopsis à suivre)
TELCIDE ET DURÉNA
1978
Pièce de Syto Cavé avec texte de Régine Charlier.
Deux vieilles femmes de 80 à 90 ans. Deux paysannes, elles ont travaillé comme domestiques chez des bourgeois libéraux et chez des petits bourgeois noirs. Leurs expériences les ont amenées à traverser la société haïtienne, et elles se retrouvent dans la même situation. Rien n’a changé. Ki Kif bouricot !
Dans cette pièce, malgré leur âge avancé, elles poursuivent leur chemin en travaillant. Leur parole est scandée, poussée par une pulsion rythmique. Autour d’elles gravitent d’autres visages : par exemple la rêveuse qui parle sur le rythme Congo ; même si on n’entend pas le rythme on le perçoit à travers tous ses mots. Et il y a la femme folle qui elle, parle sur le rythme Yanvalou. Un homme violent parle sur le rythme Petro. Bien qu’on ne puisse pas entendre les différents rythmes, leurs mots sont scandés selon le rythme Pétro, le rythme Congo.
« On faisait du rap sans le savoir ».





